Trois jours dans l’arrière-pays du Pic Saint-Loup : vignes, garrigue et tables qui ne trichent pas

Trois jours dans l’arrière-pays du Pic Saint-Loup : vignes, garrigue et tables qui ne trichent pas

Il y a un moment précis où l’on sait qu’on a quitté la ville. Sur la D17, entre Valflaunès et Cazevieille, la route se met à serpenter entre les pins et les parcelles de syrah. Odeur de thym écrasé par le soleil. Le Pic Saint-Loup lui-même, dent de calcaire plantée dans le ciel, disparaît puis revient à chaque virage. On est à vingt kilomètres de Montpellier. Le dépaysement, lui, est total.

J’y retourne chaque automne depuis six ans, toujours en dehors des vendanges pour éviter la cohue. Le rythme est simple : deux ou trois gîtes ruraux repérés à l’avance, une bouteille achetée directement au domaine, et beaucoup de temps perdu à ne rien faire d’autre que regarder la lumière changer sur les coteaux.

Ce coin des Cévennes méridionales ne se visite pas comme un parc d’attractions. Il se pratique lentement.

Dormir chez l’habitant plutôt qu’à l’hôtel

Les gîtes du secteur ont un défaut : ils affichent souvent complet en juillet et en août. J’ai réservé une ancienne magnanerie restaurée à Saint-Jean-de-Cuculles en pleine saison, un pari stupide. Trente-huit degrés dans la chambre à 22 h, un ventilateur qui brassait de l’air tiède et des moustiques gros comme des abeilles. Depuis, je m’y prends autrement : mai, juin ou septembre. Les propriétaires sont plus disponibles, les prix redescendent de 30 à 40 %, et les marchés regorgent encore de cerises ou de figues selon le moment.

Le bouche-à-oreille fonctionne mieux qu’Internet ici. Une aubergiste de Valflaunès m’a un jour indiqué une chambre chez une viticultrice à la retraite, sans enseigne, sans site web. Quarante-cinq euros la nuit, petit-déjeuner avec confitures maison. Ce genre de plan ne se trouve pas sur les plateformes de réservation.

C’est là qu’un blog indépendant comme mondeauthentique.fr prend tout son sens : les adresses qu’on y croise ne sont pas sponsorisées, elles sortent d’un carnet de route tenu par des gens qui y ont dormi. Rien à voir avec un article payé par un office de tourisme.

Boire au domaine, pas au supermarché

Le Pic Saint-Loup, côté vin, c’est un terroir de contrastes violents. Sol caillouteux, vent du nord qui sèche tout, nuits fraîches même en été. Les syrahs y prennent une tension qu’on ne retrouve pas partout dans le Languedoc. Beaucoup de domaines familiaux ouvrent leur caveau sans rendez-vous, surtout en semaine. En trois jours, on peut en visiter cinq ou six sans courir. Pourquoi courir, d’ailleurs ?

Le piège classique : s’arrêter au premier panneau « dégustation » venu sur la route de Pic Saint-Loup. Certains sont excellents, d’autres vendent surtout leur étiquette. Mon conseil, appeler la veille et demander si le vigneron sera là. La réponse en dit long sur la suite de la visite.

Une anecdote pour mesurer l’écart : un domaine que je ne nommerai pas proposait le même vin à 14,50 € au caveau et à 11,90 € chez le caviste de Sommières. Vérifiez toujours. Et achetez sur place ce que vous avez goûté, pas la bouteille du voisin.

Marcher, vraiment

Les sentiers balisés autour du Pic mènent tous quelque part, mais pas forcément où l’on croit. Partir du col de la Croix de Fer et viser le sommet prend deux heures en montée soutenue. Le panorama à l’arrivée vaut le coup, même si la dernière portion se transforme en grimpette sur des blocs glissants. Chaussures sérieuses obligatoires.

J’ai vu des familles en tongs tenter l’ascension en août à midi. Mauvaise idée.

Manger dans les villages

La table locale ne fait pas de chichi. Terrines, daube, grillades au feu de bois, fromages de chèvre du causse voisin. Les menus du midi, entre 18 et 24 €, sont souvent meilleurs que les cartes du soir plus ambitieuses. À Saint-Martin-de-Londres ou à Notre-Dame-de-Londres, les bistrots de place tiennent la distance.

La Camargue, elle, commence à quarante minutes de route plus au sud. Autre monde : rizières, flamants roses, taureaux. On peut y filer pour une demi-journée, en évitant Arles l’après-midi en pleine chaleur estivale. Les Saintes-Maries-de-la-Mer, en septembre, retrouvent un calme que les estivants ignorent.

Quelques repères pratiques

  • Deux à trois nuits minimum par étape : en dessous, on passe son temps en voiture.
  • La voiture reste indispensable. Les bus existent, mais le service est limité le week-end.
  • Prévoir une gourde d’eau par personne et par demi-journée de marche en été.
  • Réserver le gîte trois à quatre mois à l’avance pour mai, juin et septembre.
  • Goûter au pélardon (chèvre AOP) et à l’huile d’olive de la vallée du Buech, deux produits qu’on ne trouve pas au même prix ailleurs.

Ce coin du sud de la France n’a pas besoin d’être survendu. Il se suffit à lui-même, avec ses vignes, ses pierres sèches et sa lumière rasante du soir. Le voyageur qui accepte d’y ralentir revient rarement déçu. Le nôtre, écrit à la main dans un carnet corné, ne mentionne presque aucune adresse de restaurant. Seulement des noms de domaines, de sentiers et de gens.

Mélodie Laurent

Journaliste voyage, ex-rédactrice GEO et Le Routard. Mélodie partage ses carnets de routes à travers la France et l'Europe, avec une affection particulière pour les gîtes ruraux, le patrimoine vivant et les sentiers qui ne sont pas sur les cartes.