Arles, point de départ idéal : patrimoine UNESCO et accès direct en train

J’arrive toujours à Arles la veille. Pas par habitude, mais parce que descendre du TGV en fin d’après-midi, poser le vélo dans la chambre et aller flâner aux arènes au soleil couchant – c’est une façon de commencer le voyage avant même d’avoir pédalé. La ville est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1981 pour ses monuments antiques : arènes, théâtre antique, nécropole des Alyscamps. Une heure de marche suffit à voir l’essentiel.
Arles dispose de la seule grande gare du secteur desservie par TGV et TER depuis Paris, Lyon et Marseille. C’est ce qui rend cette boucle 100% sans voiture possible, de chez vous jusqu’au retour sur le quai. Mais attention à la logistique vélo en train : sur TGV, le gravel doit être démonté (roue avant retirée) et rangé dans une housse. Prévoir 20 minutes de plus à la gare de départ.
La sortie d’Arles vers le sud-ouest est logique et bien balisée. On rejoint rapidement la ViaRhôna (EuroVelo 17), voie verte qui longe le Grand Rhône depuis Lyon jusqu’à la Méditerranée. Quelques kilomètres sur ce tracé officiel, puis le balisage bifurque vers les pistes camarguaises. Le changement de décor est immédiat : les façades romaines cèdent la place aux roselières et l’asphalte aux premiers chemins de terre.
Jour 1 : 50 km d’Arles aux Saintes-Maries par les digues du Petit Rhône
La première journée représente entre 45 et 55 km selon la variante choisie. Le tracé principal longe les digues du Petit Rhône vers le sud-ouest, dans une atmosphère de bout du monde dès le premier quart d’heure. Deux options principales se présentent : la route de Sylveréal, plus directe et partiellement goudronnée, ou la piste du Mas de Cacharel, plus sauvage, avec des sections en sable compact qui demandent de la puissance.
Et c’est là que le gravel justifie son existence. Un vélo de route passe les 200 premiers mètres de piste, puis capitule. Les sols alternent terre battue, graviers et sable compact – parfois dans le même kilomètre. Un pneu de 28 mm sur ce terrain, c’est impossible. Minimum 38 mm recommandé, idéalement 40 à 45 mm pour les sections sableuses.
À 4 km des Saintes-Maries, le Parc ornithologique de Pont de Gau mérite un arrêt d’une heure. Il borde directement la D570 et s’atteint à vélo sans aucune difficulté. Flamants roses, hérons cendrés, aigrettes garzettes – la faune y est abondante même hors saison. J’y ai passé 45 minutes un matin d’octobre sans voir d’autre visiteur que deux photographes allemands avec des téléobjectifs de 600 mm.
Pour aller plus loin : Itinéraire train + vélo en Camargue pour photographes débutants.
Pour l’hébergement du soir, les mas camarguais labellisés Gîtes de France autour de Méjanes, Pont de Gau et Albaron sont tous à moins de 5 km des pistes principales. Compter entre 50€ et 80€ la chambre. Les campings aux Saintes-Maries restent une option plus économique (15€ à 25€ l’emplacement), accessibles directement à vélo.
Le mistral souffle du nord-nord-ouest en Camargue, avec des rafales dépassant 80 km/h lors des épisodes forts. La bonne nouvelle : le sens Arles-Saintes-Maries place ce vent dans le dos. Si la météo annonce du mistral pour votre Jour 1, ne repoussez pas le départ – c’est au contraire le moment idéal pour avaler ces 50 km sans forcer. En revanche, si vous envisagez de faire la boucle en sens inverse (Saintes-Maries d’abord), relisez bien les prévisions avant de vous lancer face au vent sur 50 km de terrain découvert.
La réserve naturelle nationale de Camargue interdit strictement la circulation des vélos hors des chemins autorisés. Les amendes existent et sont appliquées. Rester sur les pistes balisées n’est pas une recommandation – c’est une obligation légale. Sur certaines sections, le balisage peut sembler ambigu après des inondations hivernales : en cas de doute, faire demi-tour vaut mieux qu’une verbalisation.
Jour 2 : retour par la D570 et les étangs, 45 km de paysages ouverts

Le retour est d’une toute autre nature. Quarante-cinq kilomètres environ, mais avec davantage de portions goudronnées sur la D570 côté étangs – moins de trafic hors saison et une vue dégagée sur les plans d’eau qui change complètement des digues de la veille. Le PNR de Camargue couvre 85 000 hectares classés depuis 1970 et cette journée de retour permet d’en traverser des portions que le Jour 1 ne montre pas.
Selon l’état des chemins et la saison, deux variantes s’offrent à vous : les pistes du Domaine de la Palissade, plus proches du littoral méditerranéen, ou le sentier du littoral, plus technique après les pluies d’automne. Les manades de chevaux camarguais et de taureaux longent régulièrement ces pistes – voir une manade galoper à 30 mètres à l’aube compense amplement les sections sableuses de la veille.
| Journée | Distance | Sol dominant | Difficulté | Point fort |
|---|---|---|---|---|
| Jour 1 – Arles → Saintes-Maries | 45 à 55 km | Terre battue, sable compact, graviers | Modérée (sol irrégulier, mistral possible) | Digues du Petit Rhône, Parc de Pont de Gau |
| Jour 2 – Saintes-Maries → Arles | ~45 km | Goudron (D570) + pistes mixtes | Facile à modérée | Étangs, manades, lumière rasante sur l’eau |
| Variante Palissade (Jour 2) | +5 km environ | Sable et chemins littoraux | Modérée à sportive après pluie | Vue mer Méditerranée, isolement total |
| Variante Sylveréal (Jour 1) | 45 km | Semi-goudronné, terre | Facile | Accès rapide, idéal par vent fort |
Quel matériel gravel emporter pour ne pas souffrir sur les pistes camarguaises ?
Le gravel n’est pas une option ici – c’est une nécessité. Les pistes en terre battue, graviers et sable compact de Camargue sont impossible avec un vélo de route classique. Pneus minimum 38 mm, idéalement 40 à 45 mm pour absorber les sections sableuses. Et surtout : baisser la pression en sable (autour de 1,5 bar sur un pneu tubeless de 40 mm) transforme radicalement le confort et l’accroche.
Pour le bikepacking, sacoches de cadre et de guidon sont préférables aux sacoches de porte-bagages classiques : le terrain chahuté dégrade vite les fixations rigides. Autre point critique – les bornes d’eau sont rares sur le tracé. Emporter au minimum 1,5 litre de réserve à quitter chaque point de ravitaillement.
Et les moustiques. Sujet sérieux. L’EID Méditerranée (Entente Interdépartementale de Démoustication) le confirme : l’Aedes caspius est très présent de mai à octobre, avec un pic en juin-juillet. Vêtements couvrants et répulsif efficace en début et fin de journée – pas de négociation possible si vous roulez en juin. J’ai commis cette erreur une fois en short sur une piste du soir en juillet. Jamais plus.
Peut-on faire cette boucle avec un VTT ?
Oui, un VTT à roues de 29 pouces avec pneus semi-slick passe très bien. Mais sur les portions goudronnées (D570 Jour 2), un VTT classique est nettement moins confortable et plus lent qu’un gravel. Le gravel reste le meilleur compromis pour cette boucle qui mélange terre et route.
Dans la même rubrique : Itinéraire vélo Camargue–Catalogne 7 jours : lagunes et gîtes.
Le balisage suffit-il ou faut-il un GPS ?
Le balisage du PNR est globalement cohérent, mais des portions peuvent être effacées après inondations. Un GPS avec trace téléchargée au préalable (ou une appli hors ligne comme Komoot ou OsmAnd) reste fortement recommandé. En zone de réserve, un mauvais embranchement peut vous conduire hors piste – et rappelons que c’est interdit.
Y a-t-il des points de ravitaillement sur le parcours ?
Oui, mais espacés. Albaron dispose d’une petite épicerie. Méjanes propose un point de restauration saisonnier. Aux Saintes-Maries, plusieurs épiceries et restaurants ouverts même hors saison. Entre ces points, comptez parfois 20 km sans possibilité de ravitaillement – gérer ses vivres et son eau en conséquence.
Quand partir : les dates à choisir et celles à fuir absolument
Les meilleures fenêtres sont le printemps et l’automne. Mars-avril offre des températures clémentes, peu de moustiques encore actifs et une Camargue encore verte après l’hiver. Septembre-octobre est ma période préférée : la lumière rasante de l’automne sur les étangs et les flamants roses est photographiquement parfaite, les moustiques commencent à refluer et les hébergements sont plus disponibles qu’en juillet.
Mais certaines dates sont à fuir complètement. Les 24 et 25 mai (pèlerinage gitan principal) et le dernier week-end d’octobre (second pèlerinage) saturent les Saintes-Maries : routes engorgées, hébergements réservés des mois à l’avance, ambiance incompatible avec un séjour vélo tranquille.
- Mars-avril : moustiques quasi absents, mistral possible, hébergements disponibles – bon point de départ pour la saison
- Mai (hors 24-25): beau temps, début des moustiques en fin de mois, réserver tôt
- Juin-juillet : moustiques au pic selon l’EID Méditerranée, chaleur forte, à éviter sauf si équipement anti-moustiques complet
- Août : saturation touristique, hébergements rares, températures excessives pour pédaler – non recommandé
- Septembre-octobre (hors dernier week-end): meilleure période globale – lumière, faune, tranquillité
- Novembre-février : mistral fréquent et violent, certains hébergements fermés, mais Camargue déserte et sauvage – pour profils expérimentés uniquement
Hébergements et logistique : dormir en mas camarguais sans réserver six mois à l’avance
L’offre d’hébergement sans voiture existe en Camargue, à condition de savoir où chercher. Les mas labellisés Gîtes de France autour de Méjanes, Pont de Gau et Albaron sont tous à moins de 5 km des pistes principales – et la plupart disposent d’un local fermé pour les vélos, ce qui compte quand on voyage avec un gravel à 2 000€.
Budget indicatif pour deux jours : nuit en gîte rural entre 50€ et 80€ par chambre, campings entre 15€ et 25€ l’emplacement. Hors période de pèlerinage, réserver 4 à 6 semaines à l’avance suffit généralement. En mai ou en week-end de pèlerinage, c’est une autre histoire.
Voir également : Photographier les flamants roses en Camargue : spots et lumière dorée.
Si vous arrivez à Arles en train en fin de journée J-1 et que vous souhaitez commencer tôt le lendemain matin, pensez à faire la boucle en sens inverse : nuit à Arles J-1, départ vers les Saintes-Maries tôt le matin, nuit aux Saintes-Maries ou à Pont de Gau J+1, retour à Arles J+2 par les étangs. Cela permet aussi d’avoir le mistral dans le dos au retour si le vent souffle.
Sur le parcours, les points de ravitaillement restent limités : épicerie à Albaron, restauration saisonnière à Méjanes, commerces aux Saintes-Maries. Prévoyez vos repas du midi avant de quitter chaque étape.
Mon verdict : une boucle gravel parmi les plus sauvages de France, mais pas pour tout le monde
Soyons clairs : cette boucle Arles-Saintes-Maries est l’une des plus singulières de France. Pas pour ses dénivelés – il n’y en a pratiquement pas. Pas pour sa technicité au sens alpin du terme. Mais pour son caractère profondément imprévisible : sable, mistral, moustiques, pistes effacées par les crues, manades surgissant des roselières. Les 145 000 hectares de ce delta entre Rhône et Méditerranée offrent un silence et une horizontalité que les itinéraires montagnards ne donnent jamais.
Et la logistique 100% sans voiture depuis la gare d’Arles est une vraie rareté en France pour un circuit gravel de ce niveau d’isolement.
Mais je le dis franchement : ce n’est pas une boucle pour les cyclistes qui cherchent des watts, des dénivelés ou de la vitesse. C’est une boucle de contemplation. D’ornithologie. D’immersion dans un écosystème classé depuis 1970 et géré avec rigueur par le PNR et la Tour du Valat. Si vous attendez des sensations alpines, ce ne sera pas votre truc.
Mon moment préféré sur ce circuit reste le retour par les étangs en fin de journée d’octobre, lumière rasante, flamants roses en silhouette sur l’eau rose. Aucun filtre photo nécessaire. C’est là, gratuit, à 3 heures de train de Paris.
- Gare d’Arles : TGV et TER depuis Paris, Lyon, Marseille – vélo en housse obligatoire sur TGV
- Distance totale : ~95 à 100 km sur 2 jours (45-55 km Jour 1, ~45 km Jour 2)
- Pneumatiques minimum 38 mm, idéalement 40-45 mm
- Réserve d’eau obligatoire : bornes rares entre Albaron, Méjanes et Saintes-Maries
- Moustiques actifs de mai à octobre (pic juin-juillet selon EID Méditerranée): répulsif et vêtements couvrants
- Dates à fuir : 24-25 mai et dernier week-end d’octobre (pèlerinages)
- Meilleure période : mars-avril ou septembre-octobre
- Rester impérativement sur les pistes balisées dans la réserve naturelle nationale
